Le Guide Pratique des Monstres – Tome 1 : La Sorcière sans ombre

Entre enquête, magie et folklore balkanique, la Sorcière sans ombre nous entraîne dans un univers où perdre son ombre est loin d'être anodin.

La Sorcière sans ombre est le premier tome de la duologie du Guide Pratique des Monstres. Ce roman de Genoveva Dimova est édité aux éditions Bookmark. Les deux tomes sont sortis en France entre 2024 et 2025 et la saga est d’ores et déjà clôturée.

Derrière cette intrigue de fantasy mystérieuse se cachent deux villes que tout oppose, un bestiaire fascinant et, surtout, des personnages dont les véritables intentions sont parfois aussi difficiles à saisir qu’une ombre dans la nuit…

Fuir son passé est un art quand on est pourchassée par le Tsar des Monstres.

En tant que sorcière dans la ville fortifiée de Tchernograd, Kosara a l’habitude de dompter les rusalkas, de combattre les kikimoras et de concocter des répulsifs à lycanthropes. Mais il y a un ennemi qu’elle ne peut vaincre : son ex, le Zmeï, le Tsar des Monstres. Et, après l’avoir défié une fois de trop, elle devient sa proie. Alors, quand une trahison impensable la pousse à troquer son ombre, source de son pouvoir, contre un passage dans la ville voisine, elle croit échapper à ses griffes.

Mais derrière le Mur, là où les monstres ne peuvent pas la suivre, elle est foudroyée par la maladie mortelle frappant les sorcières sans ombre, et le seul remède consiste à récupérer la sienne.

Contrainte à un accord précaire avec un détective d’une intégrité suspecte, elle plonge dans une enquête où chaque indice est un piège, chaque allié potentiel un ennemi, et elle se voit forcée de retourner à Tchernograd.

Bookmark

À Tchernograd, le Nouvel An n’est pas vraiment synonyme de fête. Durant douze jours, la ville est envahie par les monstres. Ses habitants ont appris à vivre avec cette menace, et surtout à ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Kosara trouve alors refuge à Belogra, une cité prospère située de l’autre côté du Mur. Mais lorsque l’homme qui lui a pris son ombre est assassiné dans des circonstances violentes, elle n’a pas d’autre choix que de retourner à Tchernograd, accompagnée d’un policier belogradois : Asen Bakharov. Ce dernier soulève presque autant de questions que l’enquête elle-même. Pourquoi risquer sa vie en se rendant à Tchernograd ? Comment fait-il pour être immunisé contre la magie ? Kosara peut-elle lui faire confiance ?

Le Guide Pratique des Monstres possède un worldbuilding fascinant. Genoveva Dimova construit son univers autour de deux villes séparées par un Mur magique, mais également par des réalités complètement différentes. D’un côté, Tchernograd est régulièrement attaquée par des monstres. Pendant douze jours, les habitants doivent littéralement apprendre à survivre dans une cité envahie de créatures surnaturelles. De l’autre, Belograd semble presque appartenir à un autre monde. Riche et prospère, elle représente tout ce que Tchernograd n’est pas. Pourtant, le roman évite intelligemment de présenter cette seconde cité comme un refuge idéal. Derrière son opulence apparaissent de nombreuses discriminations subies par ceux qui viennent de Tchernograd. Les dangers de Tchernograd sont faciles à reconnaître. Les travers des humains le sont parfois beaucoup moins…

Mais la véritable gourmandise du roman reste son folklore. Genoveva Dimova puise dans un imaginaire balkanique encore trop peu utilisé en fantasy et peuple son histoire de créatures hallucinantes : yuda, kikimora, karakonjul, upir ou varkolak forment une procession hors du commun de monstres. On découvre ainsi tout un bestiaire qui apporte une saveur nouvelle à l’histoire. Certaines créatures sont inquiétantes quand d’autres ont des faiblesses franchement hilarantes. Elles rendent Tchernograd fascinante et l’on prend un réel plaisir à explorer cette bourgade, même si nous n’aurions absolument aucune envie d’y réserver nos prochaines vacances…

Le roman parvient surtout à présenter cet imaginaire sans transformer chaque apparition en longue parenthèse explicative. Et pour ceux qui voudraient s’y retrouver parmi toutes ces charmantes bestioles, le petit guide pratique des monstres, placé à la fin du livre, est un vrai plus !

Si l’univers a immédiatement attiré mon attention, ce sont les protagonistes qui m’ont réellement happée dans l’histoire. Kosara reste ma chouchoute. La perte de son ombre aurait pu n’être qu’un prétexte permettant de lancer une quête classique. Genoveva Dimova en fait au contraire quelque chose de beaucoup plus intéressant. Kosara ne perd pas seulement ses pouvoirs, mais elle perd une partie de ce qui fait d’elle une sorcière.

Cette quête sert l’évolution d’une héroïne qui n’est jamais figée. Au fil des pages, Kosara est forcée de douter de ses certitudes et surtout de son passé. Quant aux autres personnages, ils n’ont cessé de me surprendre. Jusqu’au bout, je n’arrivais pas à savoir qui était un allié et qui ne l’était pas. Bakharov cristallise évidemment une bonne partie des soupçons. Tantôt allié, tantôt énigme ambulante, l’inspecteur semble toujours garder une carte supplémentaire dans sa manche. Pendant une bonne partie du récit, chaque réponse à son sujet entraîne presque immédiatement une nouvelle interrogation. Mais il n’est pas le seul ! Le roman joue constamment sur l’idée que personne n’est entièrement noir ou blanc. Alliés, suspects et ennemis peuvent révéler une facette inattendue quelques chapitres plus tard. Même le Zmey et ses motivations finissent par soulever davantage de questions qu’on ne pouvait l’imaginer au départ.

La romance reste quant à elle en retrait et, finalement, c’est probablement mieux ainsi (même si j’ai hâte de découvrir l’évolution de la relation entre Kosara et Asen dans le second tome !). Entre les meurtres, les monstres et une ombre portée disparue, Kosara avait déjà un agenda plutôt chargé !

En bref, une fantasy mystérieuse et dépaysante portée par un folklore balkanique d’une grande richesse et par un worldbuilding dont on n’a clairement pas encore fini d’explorer les recoins !

Et si vous plongiez dans le monde de l’assassinat avec Hotel Inhumans ?

Katsu
Katsu

Un dragon millénaire qui transmet la magie des livres de générations en générations.
Que vous soyez un otaku aguerri ou un novice curieux, vous trouverez ici de quoi nourrir votre passion pour les histoires captivantes et les personnages inoubliables.
Rejoignez-moi dans ce voyage à travers les mondes imaginaires et explorons ensemble les trésors cachés de la littérature !

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