Yuri Is My Job ! – Quand jouer la perfection devient dangereux

Yuri Is My Job ! – Quand jouer la perfection devient dangereux

« Je dois juste être parfaite… même si ce n’est qu’un rôle. »

Dans Yuri Is My Job!, les apparences sont une matière aussi fragile que le verre. On s’y maquille le cœur comme on endosse un costume : avec grâce et parfois avec une pointe de panique. Ce manga ne parle pas seulement d’amour entre filles. Il parle surtout de la performance sociale, de la peur d’être vue telle que l’on est. Et du confort étrange qu’on trouve dans les mensonges bien rodés.

Le Café Liebe, théâtre miniature aux codes rigides, inspirés des écoles pour jeunes filles à l’allemande, devient le lieu où chaque personnage joue un rôle et se perd un peu dedans. Entre hiérarchie, faux liens et vraies blessures, le yuri flirte avec la comédie. Mais aussi avec une dimension plus subtile : celle de l’identité façonnée par le regard d’autrui.

Dès les deux premiers tomes, Yuri Is My Job! installe un univers à la fois sucré et acide. Un décor rose bonbon où les sourires cachent des colères silencieuses, où la politesse devient une arme. Et où l’on apprend que jouer à “être parfaite” peut être aussi épuisant que dangereux.

Yuri Is My Job! est l’œuvre de Miman, mangaka à la fois scénariste et dessinatrice, qui publie son récit dans le magazine Comic Yuri Hime depuis novembre 2016.

Sous son trait soigné, elle explore les faux-semblants, la performance et les émotions profondes que chacun porte. En France, les tomes sont publiés par Meian Éditions, plus précisément dans leur collection dédiée au yuri.

🌹 Premiers pas au Café Liebe 🌹

« Ce que veut Hime Shiraki, en classe de seconde au lycée, c’est être adulée de toutes et de tous. Un jour, elle blesse par inadvertance une patronne de café du nom de Maï en la bousculant dans la rue. Hime se retrouve ainsi à devoir la remplacer et devient une employée du Café de l’Institut Liebe pour jeunes filles.

Cet endroit est en réalité un salon où les serveuses jouent le rôle d’élèves pures et gracieuses appartenant à une école catholique et entretenant des relations de Schwestern, autrement dit de sœurs. Or, voilà que Hime appelle par mégarde sa nouvelle collègue Mitsuki « grande sœur. »  »

– Meian édition

Dans ce premier tome, on découvre surtout les fondations du Café Liebe et les règles qui en font un lieu aussi séduisant qu’oppressant. Hime, toujours souriante, toujours parfaite, se retrouve propulsée dans un rôle qui la dépasse : celui d’une élève modèle d’académie fictive… Alors qu’elle joue déjà un rôle dans la vraie vie. Derrière les rubans et les révérences, ce volume dévoile les premières fissures de son personnage.

Le tome 1 fonctionne comme une introduction habile : légère en surface, mais traversée de tensions invisibles. On y perçoit déjà la relation étrange, quasi électrique, entre Hime et Mitsuki. Une relation faite de souvenirs, de blessures et de non-dits. Chaque scène du Café Liebe est un petit théâtre où l’ambiguïté règne : on ne sait jamais vraiment où s’arrête le jeu et où commence la sincérité.

Les personnages, quant à eux, apparaissent comme les premières pièces d’un puzzle émotionnel bien plus complexe qu’il n’y paraît. Hime incarne la perfection superficielle, construite pour plaire à tout prix ; un masque fragile dont on sent déjà qu’il finira par se fendre.

Mitsuki, droite et stricte au Café, cache une aversion presque viscérale pour Hime, dont on devine déjà qu’elle a des racines profondes. Kanoko, amie d’enfance de Hime, se montre douce, dévouée

Sumika, élégante et charismatique, semble tout contrôler, à commencer par l’image impeccable du Café. Enfin, Maï, joviale et professionnelle, apporte une légèreté bien nécessaire : elle agit comme une médiatrice entre les tensions.

🌹 Quand les masques commencent à glisser 🌹

« Hime a découvert que sa sublime grande sœur, Mitsuki, est en réalité sa pire ennemie, « Yano » ! C’est elle qui a dénoncé ses mensonges à toute leur classe, à l’école primaire. À l’époque, elles étaient inséparables, mais une querelle a éclaté et leur mésentente persiste aujourd’hui encore. Depuis qu’elle en a pris conscience, Hime ne parvient plus à travailler… »

– Meian édition

Dans ce deuxième tome, le Café, toujours aussi théâtral et gracieux, devient cette fois un décor où les masques glissent un peu plus facilement, laissant apparaître des blessures anciennes que chacun tente tant bien que mal de dissimuler. Hime, ébranlée par ce qu’elle découvre, vacille entre son rôle soigneusement construit et les souvenirs qui reviennent la hanter.

Ce volume approfondit la dynamique entre Hime et Mitsuki, tout en continuant d’explorer, avec finesse, les zones d’ombre des autres serveuses. Les tensions grandissent, mais jamais de manière explosive : elles s’infiltrent dans les regards, dans les gestes trop polis, dans les silences un peu trop prolongés. Le tome 2 gagne en maturité et reste ainsi fidèle à l’esprit de la série : sucré en surface, piquant en profondeur.

🌹 Ce que Yuri Is My Job ! m’a laissé 🌹

Je m’attendais à un manga assez cliché, peut-être même un peu stéréotypé : une histoire mignonne, un yuri classique. Mais Yuri Is My Job! m’a rapidement détrompée. Derrière ses rubans soyeux, l’œuvre aborde des thématiques bien plus subtiles : la dualité entre l’image que l’on donne et ce qui est vraiment, le poids du regard des autres, la difficulté de comprendre et d’assumer ses propres émotions.

Ce qui m’a particulièrement plu, c’est la manière dont on découvre l’univers à travers Hime. On avance en même temps qu’elle, on observe les filles du Café Liebe par son prisme. Il y a cette impression d’être enfermée avec elle dans ce décor théâtral, coincée entre les véritables émotions des serveuses et les rôles impeccables qu’elles doivent jouer. Plus on tourne les pages, plus on comprend que pour saisir la profondeur de l’histoire, il faut accepter de rester dans cet espace clos, de s’y perdre un peu comme Hime s’y perd elle-même.

Le manga m’a aussi frustrée mais d’une frustration maîtrisée. Le manque de communication permanent entre les personnages m’a parfois agacée, mais c’est précisément ce qui rend le récit si proche du réel. Beaucoup de gens mettent du temps à comprendre leurs propres sentiments, encore plus à les exprimer.

J’ai également apprécié la présence de nombreux personnages, chacun avec ses nuances. Ils donnent l’impression d’être des PNJ dans un jeu narratif révélant les différentes facettes de ce petit monde. L’ambiance du café, son fonctionnement, rappellent d’ailleurs parfois les visual novels : ce mélange d’esthétique, de rôle à tenir et de choix implicites.

Finalement, Yuri Is My Job! m’a agréablement surprise. Sous ses airs mignons, c’est une œuvre piquante, humaine, parfois cruelle, mais toujours sincère. Et maintenant, je n’ai qu’une hâte : découvrir jusqu’où ce “jeu de rôle” poussera les filles du Café Liebe… Et à quel moment leurs vérités finiront par éclater.

Si les jeux de rôles et les émotions cachées de Yuri Is My Job! vous ont plu, Je veux t’aimer jusqu’à ta mort pourrait vous surprendre davantage.

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