
« Oh ma Clématite… Sois toujours à mes côtés… même si je dors dans l’infini… ne quitte pas mon univers »
Quelques mots suffisent pour saisir l’âme d’Alien Stage : une œuvre où l’amour et la douleur s’entrelacent. Cette phrase résonne comme une prière perdue, un murmure d’humanité dans un monde qui l’a oubliée. Ici, chanter n’est pas un art, c’est une question de survie. Chaque note devient un cri, chaque performance une confession. Ainsi, l’univers d’Alien Stage est celui d’une scène où les émotions sont jugées, mesurées mais où elles continuent malgré tout à vibrer.

Derrière ce projet se cache Vivinos (비비노스), une artiste, animatrice et réalisatrice sud-coréenne. Connue sur YouTube pour ses créations visuelles et ses récits à la frontière du musical et du drame, elle s’est imposée comme une figure majeure de l’animation indépendante. Avec le co-réalisateur Qmeng, elle signe ici une œuvre totale : à la fois concert virtuel, tragédie futuriste et étude de l’âme humaine. Vivinos explore sans détour la fragilité et la douleur de ce qu’il reste de nous quand tout devient spectacle.

Un concours pour survivre : l’humanité mise en scène
Dans Alien Stage, l’humanité n’est plus maîtresse de son destin. Les humains, capturés par des entités extraterrestres, sont contraints de participer à un concours musical où leurs émotions deviennent un spectacle. Chaque chanson est un duel : on ne juge pas seulement leur voix, mais leur capacité à transmettre la douleur humaine. Plus ils souffrent, plus le public alien s’en délecte, comme si la détresse était devenue leur plus belle mélodie. Mais Alien Stage ne se résume pas à un simple show de survie. Derrière son concept dystopique, la série interroge notre rapport à la célébrité, à l’exposition des émotions. Chanter, ici, c’est se dévoiler parfois jusqu’à s’effondrer. C’est une œuvre où la beauté naît du désespoir, où l’on apprend que même au fond du vide, l’humain trouve encore le moyen de ressentir.

Graphiquement, Alien Stage est une claque. Vivinos et son équipe ont créé un univers visuel reconnaissable entre mille : silhouettes épurées, couleurs électriques. Bien que minimaliste par moments, l’animation se concentre sur la mise en scène de chaque geste, de chaque regard. L’émotion en est presque chorégraphiée. La composition visuelle fluctue entre clips musicaux stylisés et séquences narratives poétiques, alternant froideur et éclats de lumière. Tout semble orchestré, comme si chaque plan était pensé pour nous rappeler que même au milieu du chaos, une part d’eux continue malgré tout de vivre. L’ensemble reste sobre mais chaque image exprime plus qu’elle ne montre.

Une narration portée par le chant
La musique d’Alien Stage est bien plus qu’une bande-son : c’est le cœur battant de la série. Chaque épisode présente une chanson originale, interprétée par un personnage différent et sert de miroir à son état d’esprit. Des ballades mélancoliques aux hymnes tragiques, la composition musicale tisse une narration parallèle, là où les mots manquent. Les paroles, souvent métaphoriques, mêlent amour, mort et mémoire. Elles expriment ce que les personnages ne peuvent plus dire autrement. L’utilisation du chant comme narration fait d’Alien Stage une expérience unique, à la croisée du drame musical et du récit introspectif. Ici, l’histoire ne se raconte pas : elle se chante, elle se ressent.


Des voix humaines dans un monde déshumanisé
Si Alien Stage captive autant, c’est aussi grâce à ses personnages : six âmes perdues, reliées par le même fil tragique, celui de devoir chanter pour exister.
Hyuna, charismatique et mélancolique, incarne la force fragile de ceux qui refusent de s’éteindre, même quand tout s’effondre. Mizi, à la fois solaire et brisée, apporte cette touche d’humanité lumineuse qui rend la chute encore plus douloureuse. Ivan, stoïque et tourmenté, représente la lutte entre fierté et désespoir, quand la performance devient un cri étouffé. Till, plus réservé, semble constamment flotter entre rêve et cauchemar, comme un écho lointain d’une innocence perdue. Luka, lui, incarne la colère et l’injustice d’un système qui broie les faibles. Enfin Sua, tout en douceur et vulnérabilité, porte en elle cette nostalgie qui traverse toute la série, celle d’un monde où chanter signifiait encore vivre et non survivre.
Chacun de ces personnages raconte une manière différente d’aimer, de souffrir, de résister. Ensemble, ils forment un chœur de contradiction : des êtres imparfaits, profondément humains, livrés au regard d’un public qui ne les comprend pas.




Ce que Alien Stage m’a laissé

À une époque où les créateurs indépendants osent enfin repousser les limites, Alien Stage fait partie de ces projets qui me redonnent foi en la création. C’est exactement le genre de web-série que j’aime : dramatique, humaine et ouverte à mille interprétations. J’y ai découvert une œuvre dense et poétique, portée par des personnages complexes, des émotions brutes et des chansons qui résonnent bien au-delà de l’écran.
Ce qui m’a fasciné, c’est cette narration presque lyrique, qui rappelle les bardes de l’Antiquité chantant les récits des héros déchus. Chaque chanson devient une confession, un fragment d’histoire, un morceau d’âme. J’ai particulièrement aimé entendre non pas un seul point de vue, mais plusieurs apportant chacun leur propres vérités et blessures.
La série m’a aussi marqué graphiquement. Pas besoin d’une animation ultra-fluide pour comprendre ou ressentir. L’univers dystopique créé par Vivinos m’a totalement happé, à la fois beau et oppressant. C’est une œuvre qui reste en tête longtemps après l’avoir vue, comme un refrain qu’on ne parvient pas à oublier.
Alien Stage m’a laissé avec un étrange mélange de mélancolie et d’admiration. Une œuvre sincère, qui prouve qu’il existe encore sur YouTube des créations capables de bouleverser, de faire réfléchir et surtout, de faire ressentir. Une très belle découverte, que je ne peux que recommander à ceux qui aiment les histoires fortes et musicales.


Quand la musique devient prière dans Alien Stage, elle devient arme dans Takt Op Destiny.
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Une alien triangulaire fraîchement arrivée sur Terre, qui se cache avec un sac sur la tête pour passer inaperçue. Curieuse de tout, elle explore le monde humain et s’est récemment passionnée pour l’art de la rédaction. Elle a aussi une affection particulière pour la couleur jaune !

