La Mémoire des Os — Tome 2 : quand le deuil engendre les monstres

La Mémoire des Os — Tome 2 : quand le deuil engendre les monstres


Il y a des suites que l’on attend avec impatience. Et puis il y a celles que l’on ouvre en se demandant comment elles vont bien pouvoir recoller les morceaux de notre petit cœur pulvérisé par le tome précédent.

Après Le Dragon et l’Oiseau, Margot Looten avait une tâche particulièrement difficile : poursuivre son histoire après la disparition d’Elyon et Toross, deux personnages qui portaient une grande partie de la puissance émotionnelle du premier tome. La Phalène et l’Araignée ne cherche pourtant pas à les remplacer. Le roman préfère observer les cicatrices qu’ils ont laissées derrière eux et ceux qui doivent désormais apprendre à vivre dans un monde privé de ses héros.

Et autant vous prévenir : sur les Terres Mères, le deuil ne se fait pas vraiment autour d’une tisane et d’une boîte de mouchoirs.

AutriceMargot Looten
ÉditeurPlume Blanche
GenreDark Fantasy
Nombre de pages688
Saga2/3

Et pour retrouver notre article sur le premier tome, c’est juste ici !

L’histoire du Dragon et de l’Oiseau, leur vérité glaçante, est à présent celle d’Azaëlla.

Sa réalité. Son combat. Sa vengeance.

Miorin, son frère, rejoint sa lutte alors que Megor les prédestine à des chemins différents, guidé par ses intrigues pour unir les peuples des Terres Mères et ressusciter la dragonnerie.

Pendant qu’Izvandor s’effondre, que les ombres dévorent le monde, Siron manipule le destin et, telle une araignée, tisse sa sinistre toile.

Lorca, lui, n’a d’autre choix que de se plonger dans l’art du sang. Quitte à ce que ce don maudit l’emporte à la suite des phalènes, vers l’antre de la Mort.

Plume Blanche

Le premier tome nous narrait une légende dont la fin était déjà écrite. Elyon et Toross allaient mourir. Toute la cruauté du récit consistait alors à nous laisser les aimer malgré tout avant de nous conduire inexorablement vers leur disparition.

La Phalène et l’Araignée commence après la légende. L’ombre du Dragon et de l’Oiseau plane toujours sur les Terres Mères, mais cette fois, nous découvrons surtout ceux qui leur survivent. Le deuil devient ainsi l’un des grands fils conducteurs du roman. Chacun porte ses morts à sa manière. Certains continuent de se battre, d’autres cherchent à se venger et quelques-uns semblent tout simplement incapables de laisser leurs fantômes derrière eux.

C’est particulièrement visible chez Megor, qui a été mon immense coup de cœur de ce deuxième tome. Le père d’Elyon a littéralement tout perdu et pourtant il continue d’avancer. Plus le tome avance et plus les révélations à son sujet m’ont explosé au visage. Derrière le guerrier se trouve un père brisé, obligé de vivre avec ses décisions et l’absence de sa famille.

Le roman est donc moins centré sur une grande relation comme pouvait l’être le premier. Les personnages et les points de vue se multiplient, donnant parfois à l’ensemble un rythme plus lent, mais permettant aussi de montrer toutes les conséquences des événements précédents.

Et surtout, de découvrir enfin ceux que le premier tome avait laissés dans l’ombre.

C’était déjà l’une des grandes forces du Dragon et l’Oiseau : dans cet univers, la frontière entre héros et monstres est particulièrement fine, mais le deuxième tome va encore plus loin.

Après avoir passé un tome entier à considérer Isobel comme la grande sorcière responsable d’une bonne partie de nos traumatismes, nous découvrons enfin certains événements à travers ses yeux. Et forcément tout devient beaucoup plus compliqué.

Cela ne vient pas effacer ses actes ni soudainement la transformer en sainte patronne des Terres Mères. En revanche, découvrir son passé permet de comprendre que ses premières décisions reposaient sur des intentions bien différentes de celles que l’on pouvait imaginer. À l’origine de certaines atrocités se trouvait aussi une volonté de protéger.

Mais l’ambiguïté ne s’arrête pas là. Siron, présenté comme une Calamité vengeresse, devient progressivement beaucoup plus difficile à cerner. Derrière ses actions semblent se cacher des motivations qui pourraient être bien moins terribles qu’elles n’en ont l’air. Difficile, à ce stade, de déterminer exactement quel rôle il jouera dans la suite, mais Margot Looten s’amuse clairement à brouiller nos certitudes.

Illustration de @astrella_illu

Dans La Mémoire des Os, être du « mauvais côté » ne signifie décidément jamais que l’on se bat pour de mauvaises raisons. Sauf pour Tamila qui devrait pourrir depuis bien longtemps dans l’Outremonde.

Azaëlla est probablement le personnage le plus intéressant à découvrir. Elle était déjà présente dans le premier volume, puisque sa quête nous permettait de découvrir l’histoire d’Elyon et Toross à travers leurs ossements. Pourtant, elle restait encore assez mystérieuse. Cette fois, elle prend véritablement sa place dans le récit.

Après avoir passé des centaines de pages à regarder vers le passé, nous pouvons enfin avancer à ses côtés. Ses blessures, ses choix et ses relations lui donnent progressivement une véritable épaisseur, jusqu’à faire d’elle l’un des personnages que j’ai pris le plus de plaisir à suivre. À ses côtés se trouve notamment Miorin, son frère adoptif, un jeune homme qui porte une sacrée collection de cicatrices autant physiques que mentales.

Après tout ce qu’il a vécu, Miorin aurait toutes les raisons du monde de s’effondrer. À la place, il s’est vengé et continue d’avancer avec une rage qui semble ne jamais réellement s’éteindre. Cette colère permanente pourrait facilement le rendre insupportable, mais elle devient au contraire l’une des choses qui le rendent profondément touchant. Derrière la rage se devinent constamment les traces de tout ce qu’on lui a arraché.

Azaëlla et Miorin incarnent ainsi parfaitement ce que semble raconter ce deuxième tome : que fait la génération suivante des ruines laissées par celle qui l’a précédée ?

Elyon et Toross sont morts, mais leurs décisions continuent de façonner le monde. Les enfants héritent des guerres, des traditions, des erreurs et des sacrifices de leurs parents. À eux de décider ce qu’ils veulent en faire. Et vu l’état des Terres Mères à la fin de ce tome, autant dire qu’ils ont récupéré un héritage légèrement empoisonné…

Je dois avouer que ce tome m’a moins touché que le premier qui m’avait laissé complètement dévastée. Ce deuxième tome m’a pour ainsi dire touchée autrement. Là où j’étais tombée amoureuse de la relation entre Elyon et Toross, j’ai surtout aimé découvrir davantage les personnages qui les entouraient et ceux qui doivent désormais vivre avec les conséquences de leur histoire. Azaëlla m’a énormément plu, Miorin m’a touchée et Megor a probablement récupéré les morceaux de mon cœur uniquement pour les piétiner consciencieusement.

La découverte du passé d’Isobel a également été une excellente surprise. J’adore lorsque la fantasy nous force à reconsidérer les personnages que nous avions rangés un peu trop facilement dans la case des monstres.

Ce tome possède forcément une dimension de transition. L’intrigue s’étend, les points de vue se multiplient et de nouvelles pièces viennent rejoindre un échiquier déjà particulièrement chargé. Le rythme m’a donc parfois semblé moins percutant que dans le premier volume.

Pour autant, La Mémoire des Os conserve tout ce qui m’avait fascinée : sa dark fantasy sans concession, ses personnages profondément gris, son univers dense et cette impression permanente que personne n’est réellement à l’abri. Et vu les dernières pages, j’ai surtout l’impression que Margot Looten vient tranquillement de disposer tous ses personnages sur l’échiquier avant de regarder ses lecteurs droit dans les yeux et de renverser la table.

Je ne sais pas qui survivra au troisième tome. Mais je sais déjà que je vais encore m’attacher aux mauvaises personnes.

Envie de découvrir un autre roman avec une héroïne prête à réduire le monde en cendres par vengeance ? Je vous présente Dianna de Gods and Monsters !

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