
« On va trouver une solution ! À deux, nous sommes plus fortes ! »
Le Cocon nous plonge dans le parcours bouleversant de Judith Scott, une femme longtemps enfermée en institution qui trouve finalement une forme de liberté à travers l’art. Entre fils et sculptures, elle crée peu à peu son propre langage, là où les mots lui ont longtemps manqué. Une histoire touchante sur la différence et la création.
Le Cocon est scénarisé par Alexandre de Moté et dessiné et colorisé par Natacha Sicaud, publié chez Glénat BD. L’album retrace la vie de Judith Scott (1943-2005), une artiste américaine devenue l’une des figures importantes de l’Art Brut. Elle découvre tardivement la création artistique et développe une pratique singulière autour du fil et du textile. Aujourd’hui, son travail est reconnu et exposé à travers le monde, notamment pour ses sculptures.

Née en 1943 dans l’Ohio, Judith Scott est atteinte de trisomie 21 et de surdité. Dans l’Amérique des années 1950, son handicap est mal compris : jugée « inapte », elle est séparée de sa famille et surtout de sa sœur jumelle, Joyce, avec qui elle entretenait un lien profond malgré l’absence de langage verbal commun. Commence alors pour Judith une longue période d’institutionnalisation, loin des siens.
Glénat
Trente-cinq ans plus tard, Joyce parvient à obtenir la tutelle de sa sœur et lui offre une nouvelle vie. Installée à Oakland, Judith rejoint le Creative Growth Art Center. C’est là, à 44 ans, qu’elle découvre la sculpture textile : des objets enveloppés de fils, des formes mystérieuses et organiques qui deviennent son mode d’expression privilégié. À travers ces œuvres singulières, Judith tisse un langage propre, intime, presque thérapeutique, et se reconnecte peu à peu au monde. Aujourd’hui, elle est reconnue comme une figure majeure de l’Art Brut.

Tisser son histoire
Tisser son histoire



La BD utilise beaucoup le visuel pour raconter le parcours de Judith. Dès les premières pages, le fil devient une véritable métaphore de sa vie. Il accompagne les différentes étapes de son existence avant de la mener peu à peu vers cet art qui deviendra son moyen d’expression, comme si elle était destinée à trouver ce langage.
Les premières année sont marquées par des tons plutôt neutres et pâles, qui renforcent cette impression d’enfermement et de distance. Puis, lorsqu’elle commence à créer, les couleurs deviennent progressivement plus vives comme si cela apportait enfin de la vie à son quotidien. Son handicap est lui aussi traduit graphiquement à travers des bulles où ses quelques mots sont presque effacés. Mais surtout par une grande importance accordée aux gestes. Les nombreux plans sur ses mains rappellent que c’est avec elles que Judith parvient à communiquer et à donner forme à ce qu’elle ne peut pas exprimer par les mots.
Joyce Scott, sa sœur jumelle, occupe également une place essentielle dans le parcours de Judith. Séparées pendant près de trente-cinq ans, leur lien ne disparaît pourtant jamais complètement. C’est finalement Joyce qui obtient la tutelle de sa sœur en 1986. Cela permet à Judith de retrouver une vie plus libre en Californie, où elle pourra découvrir l’art et ainsi développer son propre langage.

Ce que Le Cocon m’a laissé
Ce que Le Cocon m’a laissé

J’ai beaucoup aimé découvrir le récit de Judith Scott à travers une biographie illustrée. Le format de la BD permet de s’immerger plus facilement dans sa vie et à notre échelle, de mieux comprendre sa manière de percevoir le monde. Certains passages sont particulièrement lourds, surtout lorsqu’est évoquée sa longue période d’internement, notamment la façon dont elle a été traitée. Une BD que je recommande vivement pour celles et ceux qui souhaitent découvrir une nouvelle artiste, ainsi que son parcours hors du commun.

Après Judith Scott, découvrons un autre artiste à travers sa biographie illustrée : Miles Davis.




