Lecture commune : Nana – Tome 1 à 3, ou la (re-)découverte d’une référence du shojo

Lecture commune : Nana – Tome 1 à 3, ou la (re-)découverte d’une référence du shojo

Nana est un manga shojo écrit par Ai Yazawa et édité chez Delcourt/Tonkam. Sa parution a débuté en 2000, avant de se mettre en pause en 2009 suite aux soucis de santé de son autrice.

Mais que cela ne vous refroidisse pas : vous aurez quand même pas moins de 21 tomes pour vous régaler. De plus, c’est une référence du shojo avec plus de 50 millions de ventes dans le monde.

Il existe une adaptation en animé de 47 épisodes par le studio Madhouse, proposant une fin inédite. Le premier opening de l’animé est d’ailleurs une réussite. Vous pouvez également regarder les deux films live-action qui ont plutôt bonne presse.

Deux jeunes femmes de 20 ans, s’appelant Nana se rencontrent dans un train allant à Tokyo. Nana Ôsaki et Nana Komatsu vont alors commencer un long voyage rempli d’épreuves qui débutera par leur collocation dans l’appartement 707 (drôle de coïncidence, elles dont le prénom représente le chiffre 7 en Japonais). C’est ainsi que va débuter une profonde et fusionnelle amitié, elles qui se complètent parfaitement.

Delcourt/Tonkam

Ai Yazawa est une mangaka japonaise. En plus d’avoir écrit sur NanaAi Yazawa est aussi célèbre pour des œuvres telles que 15-nenme (1985), Gokinjo, une vie de quartier (1995) ou encore Paradise Kiss (1999).

Pour découvrir ses différentes histoires, nous vous laissons explorer cette page !

Le petit + : Elle a choisi le nom d’auteure Yazawa, en référence au leader du groupe CAROL, Eikichi Yazawa, dont elle est admiratrice.

Dans un premier temps, nous débutons en suivant Nana Komatsu. Il s’agit d’une jeune lycéenne qui vient de se faire plaquer par l’homme dont elle est amoureuse, Monsieur Takashi Asano. Une relation secrète, mais surtout interdite, ce dernier étant marié et majeur, contrairement à celle-ci qui est mineure à ce moment-là. Elle pleure dans les bras de sa meilleure amie Junko, qui tente de la consoler.

Durant le printemps, elle part dans une université d’art avec Junko. Elle y rencontre Kyôsuke Takakura et Shôji Endo, ce dernier étant un ancien camarade de Junko.

S’ensuit un petit instant détente entre les quatre, une soirée ou certains comportements pourraient aller plus loin que de l’amitié. En effet, alors que Kyôsuke et Junko se mettent ensemble, appréciant la compagnie l’un de l’autre, Nana et Shôji, eux, se rapprochent en devenant amis et plus si affinités…

Puis, de l’autre côté, en tournant les pages, nous suivons l’aventure de Nana Ôsaki. On découvre que celle-ci est la chanteuse du groupe de musique Blast. Les artistes qui l’accompagnent sont Honjo Ren, premier guitariste, Terashima Nobuo, l’autre guitariste, ainsi que Yasu, le batteur.

On apprend petit à petit comment elle a connu chacun des membres et on découvre que c’est même Ren qui a sollicité Nana pour qu’elle les rejoigne.

Elle se met en couple avec Ren et tout se passe à peu près bien, jusqu’au moment où il lui avoue qu’il doit monter à Tokyo pour aller voir le groupe Trapnest. Les deux jeunes gens doivent se séparer et non sans verser des larmes. Vont-ils se retrouver ?

Les deux Nana sont déterminées à prendre un nouveau départ dans la vie, chacune dans la grande ville de Tokyo. Par conséquent, elles prennent toutes les deux le même train, en même temps. Cependant, le voyage ne se passe pas comme prévu, car, en raison de la neige, l’itinéraire doit se faire très lentement. Ce qui leur permet de discuter et d’apprendre à se connaître, particulièrement Nana Komatsu, qui ne cesse de parler de tout et de rien…

Par la suite, leurs routes se séparent lorsque Nana retrouve son compagnon Shôji à la gare. Le lendemain, les premières tensions arrivent, car celle-ci n’a pas encore cherché de travail ni de logement. C’est à la suite d’une discussion avec sa meilleure amie que Nana commence à se remettre en question et à envisager de devenir indépendante.

Tandis que Nana se rend à son rendez-vous avec une agence immobilière, l’agent du nom d’Andô lui suggère de venir visiter une habitation. Sauf qu’à sa grande surprise, elle découvre que l’autre Nana est déjà présente pour une visite. Leurs trajectoires se croisent à nouveau : que vont-elles faire pour cet appartement ?

Nous débutons ce nouveau tome avec un petit concert privé que Nana Ôsaki a donné chez elle. Néanmoins, les voisins n’ont réellement pas apprécié, allant jusqu’à expliquer que rien de bon n’arrive jamais dans le logement 707. Nana Komatsu commence lentement à imaginer le pire, entre meurtre et fantôme…

Afin d’aider le groupe à se constituer et à trouver de nouveaux membres, Nana Komatsu crée une annonce dans la nouvelle boutique où elle travaille, avec une affiche qu’elle a dessinée personnellement. Cela fonctionne, car un jeune homme du nom de Shin Okazaki se montre intéressé pour rejoindre le groupe de musique.

Pour prouver sa valeur et ses capacités, Nana Ôsaki propose de le faire jouer. C’est ainsi que ce dernier leur trouve un local pour les répétitions. Pendant ce temps, Shôji, le petit ami de Nana Komatsu, se rapproche dangereusement de sa nouvelle collègue. Que va-t-il se passer entre ces deux-là ?

Avec Nana, Ai Yazawa nous propose une vision de l’amour très loin des romances à l’eau de rose. Ici, l’amour est plus souvent douloureux qu’il n’est agréable. Nous pouvons même voir ce manga comme une déconstruction des histoires d’amours romancées. Nos deux protagonistes éponymes et leurs amours en sont les meilleures preuves.

D’un côté, Nana Komatsu est le cliché de l’héroïne fleur bleue et immature. Et Shôji, l’archétype du jeune blagueur insouciant. Le genre de couple parfait pour une comédie romantique avec des disputes humoristiques. Sauf qu’à travers ces trois premiers tomes, la mangaka va bien nous montrer qu’un amour doux et insouciant peut vite devenir toxique. La naïveté et l’égocentrisme de ce duo leurs portent préjudice. Le manque de communication amène à des accrochages qui montrent bien qu’ils n’écoutent ni leurs besoins ni ceux de l’autre. Par exemple, les deux veulent que Nana devienne indépendante, mais à côté, ils vont constamment se reprocher de ne pas assez se voir quand l’un ou l’autre le souhaite.

De l’autre côté, nous avons Nana Ôsaki, qui renvoie à la figure de la bad girl indépendante. Elle a le look et la personnalité qui vont avec, à savoir une rockeuse punk qui n’a pas sa langue dans sa poche. Elle vit pour elle avant tout. Enfin, ça, c’était avant sa rencontre avec Ren. Ce dernier partage plusieurs points communs avec notre héroïne. Les deux sont punks, ont été abandonnés à la naissance, et sont des êtres libres. Cela crée un couple avec une alchimie juste magique : les deux se complètent parfaitement. Mais tout n’est pas rose dans cette amour.

En effet, les deux vont alors commencer à être dépendants l’un de l’autre, et remettre en question leur esprit libre. Jusqu’ici, nous n’avons pas encore pu avoir le point de vue de Ren, donc nous allons nous concentrer sur celui de Nana. Les deux planches ci-dessous nous montrent bien ses paradoxes. Elle a a une grande fierté, mais elle est amoureuse au point de songer à s’effacer, à sacrifier ses rêves. Et après leur séparation, le fantôme de Ren va hanter le reste du récit. Il est également à noter que comme le Nana x Shôji, le Nana x Ren manque clairement de communication. Toutes leurs réflexions et décisions se font égoïstement, et aucun des deux n’a discuté du départ de Ren à Tokyo. Ces deux couples nous montrent que l’amour et les points communs ne suffisent pas pour faire vivre sainement une relation.

Puis finalement, nous avons nos deux protagonistes, dont l’amitié est très ambigüe. Il faut savoir qu’à partir du deuxième tome, Nana Komatsu devient la narratrice de l’histoire. Mais elle ne parle pas des événements au présent. Cela ressemble plutôt à une rétrospective. Dans ses monologues, elle parle toujours de sa relation avec son amie. Et à plusieurs reprises, elle traite de la frontière floue entre amitié et amour pour nommer leur relation.

Il est vrai qu’Ôsaki flirte régulièrement avec Komatsu. Cette dernière semble aussi être amoureuse de la rockeuse, agissant avec elle comme si elle était son amante. Leur relation est fondée sur une profonde confiance et une admiration réciproque. La seule barrière à cette amour a l’air d’être leur genre, car les deux rappellent régulièrement qu’elles sont hétérosexuelles. La conclusion de tout cela est assez tragique, car l’amour le plus beau et sain pour les deux Nana est finalement celui qui n’est pas nommé comme tel. Même si nous pourrions aussi creuser le sujet, en cherchant à apprendre pourquoi une relation a tendance à se détériorer quand nous passons de l’amitié à l’amour.

Nana est une œuvre qui a beaucoup à raconter avec son histoire. Mais les dessins de Ai Yazawa ne sont pas à négliger. En effet, derrière son style rétro qui pourrait rebuter certains lecteurs et lectrices se cache une véritable maîtrise de son art.

L’autrice utilise un style simpliste pour ses scènes comiques. Et ce dernier va ensuite rendre encore plus marquants les moments dramatiques, où le trait devient très précis. Son utilisation du noir et blanc y est également pour beaucoup.

À droite, nous avons un montage de deux scènes de sexe. La prépondérance du blanc, additionnée à l’usage de trames, font sortir ces moments du réel. L’érotisme et la sensualité deviennent oniriques. Cela est aussi dû au fait que les lignes soient très fines, car quand elles s’épaississent, le ton devient alors beaucoup plus grave.

La mise en page de Ai Yazawa est efficace. Elle sait quand donner pleinement de l’espace à certaines cases, quitte à s’affranchir de ses dernières. C’est notamment le cas dans la planche ci-dessus. Dans son lit, Ren vient d’annoncer à Nana Ôsaki qu’il va partir à Tokyo. Sa réaction se mêle alors aux nuages de la plage où se trouvent Yasu et Nobuo. L’autrice réussit habilement à faire une transition entre deux lieux totalement différents, tout en proposant une magnifique illustration.

Je connaissais Nana seulement de nom. Par conséquent, c’était une excellente découverte. J’ai enchaîné les volumes avec une grande satisfaction, appréciant principalement le style graphique de l’autrice. J’adore comment elle dessine ses protagonistes, en particulier Nana Ôsaki, car j’aime son style.

Au niveau de l’univers, je trouve que leur histoire est à la fois complexe et géniale. Nos héros sont tous un peu chaotiques à leur façon. J’ai même eu envie de frapper certains au passage, précisément celui qui commence par Shô et finit en ji… Non, sérieusement, cet homme est un gros red flag assuré.

En plus des protagonistes, ce sont aussi les relations qui sont complexes et fascinantes à suivre. J’apprécie Nana Ôsaki, mais également Nobuo, Ren, Shin et Yasu. À voir si, en lisant la série, ces personnages conservent leur place dans mes coups de cœur. En plus, cela parle de musique, donc je suis toujours présente quand une œuvre aborde ce thème.

Je recommande ce manga à tous les admirateurs de l’autrice, ainsi qu’aux amateurs de musique ou de héros complexes.

Contrairement à Ingrid, j’avais déjà lu les onze premiers tomes en 2018. J’avais dû mettre ma lecture en pause, ma bibliothèque ayant des trous dans la série. Alors que c’est clairement un de mes mangas préférés.

Ce fut donc un plaisir de profiter de ses réactions, ainsi que de redécouvrir cette série que j’affectionne tant. Je ne me souvenais ni de l’humour méta, ni que les dessins étaient aussi magnifiques.

J’ai aussi pu approfondir mon analyse des personnages et de leurs relations, qui sont autant tragiques que complexes. Shoji ne m’avait pas manqué, contrairement à Shin et Nana Ôsaki qui sont toujours mes personnages préférés.

Puis, j’ai pu profiter de l’ambiance des premiers tomes, que l’on regrette assez vite plus on avance dans la série. Sachez le : quand vous pensez que l’œuvre ne peut pas être plus douloureuse à lire, Ai Yazawa vous rit au nez. En pensant à l’avenir de certains personnages, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer durant ma lecture du premier tome.

Nana, c’est une romance faite pour les masochistes, et pour ceux qui aiment réfléchir sur la complexité des relations humaines. Ah, et aussi, il y a du rock. C’est cool le rock !

Vous avez envie d’une romance tout aussi tragique et douce-amère : lisez Les noces des Lucioles !

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