
Présentation

Makimura n’a jamais pu oublier Midori, la fille qu’elle aimait au lycée. Aujourd’hui sur le point de terminer ses études, elle reste hantée par cette relation du passé. Mais quand Midori surgit par hasard dans le cabinet d’ophtalmologie où elle travaille, la jeune femme veut croire à un coup du destin. Mais la vie prend parfois des détours compliqués…
Dans Entre nos mains, découvrez le destin de deux femmes qui se retrouvent, dix ans après s’être aimées au lycée. Entre pression sociale, peur de l’engagement et survie, Battan croque une histoire criante de vérité.
Akata

Des personnages spectaculaires
Dans Entre nos mains, chaque personnage a une écriture soignée, leur donnant une dimension extrêmement réaliste. Ils sont complexes, nuancés, et cela permet de mieux s’immerger dans l’histoire.

Momo Makimura est une femme réservée mais passionnée. Sa passivité est un de ses principaux défauts, mais quand il s’agit de Midori, elle se retrouve souvent poussée par une force qui lui est étrangère. Bûcheuse et serviable, Maki est une étudiante brillante qui, malgré quelques hésitations, est prête à tout pour aider son amour de jeunesse. Même si cela n’est pas forcément réciproque.
Pour Midori Onishi, s’engager est quelque chose de compliqué. On a l’impression qu’elle prend tout à la légère, ce qui peut être déstabilisant voire énervant pour son entourage. Et sa mauvaise manie de rire pour esquiver une question gênante n’aide pas son cas. Mais en en apprenant plus sur la jeune femme, on découvre des blessures du passé qu’elle cherche à occulter derrière une façade joyeuse. Une façon pour elle de s’adapter à la société.


Quant à la jeune Komari Nikaido, sa fougue et ses conseils sont d’une grande aide pour Maki. Très douée pour la photographie, elle échange souvent avec l’étudiante sur leurs problèmes quotidiens, mais surtout sur la difficulté d’être ouvertement lesbienne. Leurs conversations sont révélatrices de beaucoup de choses dans la société moderne japonaise. Notamment sur le fait d’être out ou non. Komari semble pleine d’espoir et cet optimisme aide à rassurer son amie, même si tout n’est pas aussi simple que ce qu’elle laisse paraître.
Enfin, Tazune Tonoike est le fiancé de Midori. Aux premiers abords, il est sympathique, avec un bon travail, tout en ayant un petit côté charmant. Toujours souriant, difficile de savoir ce qu’il pense réellement. Mais au fil des pages une vérité moins éclatante se révèle.
Le parfait amour que semblent filer les deux tourtereaux ne repose finalement pas sur grand-chose…

Les personnages secondaires ont également été pensés avec soin. Chacun apportant une dynamique essentielle à l’histoire, au moment où les protagonistes en ont le plus besoin.

Le fléau de la comphet

La comphet, ou compulsory heterosexuality, peut être traduit par “hétérosexualité forcée”. C’est un concept créé par Adrienne Rich dans les années 1970. C’est une essayiste féministe américaine qui a consacré une part importante de son œuvre à son lesbianisme et à son engagement contre l’hégémonie de l’hétérosexualité comme seule norme sociale de la sexualité. Pour elle, l’hétérosexualité est une institution politique qui doit être remise en question pour les femmes afin de rompre avec l’impuissance qui y est souvent associée.
Et c’est là tout le propos de l’œuvre de Battan. Dès les premières pages, Midori qualifie la relation qu’elle avait jusqu’alors avec Maki d’enfantine. Maintenant qu’elles ont fini le lycée, elles se doivent de rentrer dans le moule de la société patriarcale. À savoir se marier et avoir des enfants. La pression familiale accentue tout ceci.
Pour Maki, qui est doctorante à 28 ans, sa mère lui demande encore quand elle va trouver un copain, malgré ses études brillantes et son désintérêt pour la gente masculine. Car dans notre société, pour une femme, trouver un bon mari est plus important que d’avoir une carrière professionnelle florissante.
L’infantilisation des femmes et de leurs intérêts a des conséquences directes sur la légitimité d’être queer dans la société. Par conséquent, le lesbiannisme n’est absolument pas pris au sérieux, car comment deux femmes pourraient vivre sans aucun homme ?
Et dans cette histoire, Midori pense que le meilleur choix pour elle est de suivre cette voie, quitte à blesser Maki.


Une relation complexe
La relation entre Makimura et Midori est tout sauf simple. Un amour de lycée interrompu brutalement, des retrouvailles 10 ans plus tard, des sentiments contradictoires… le premier tome est un roller coaster d’émotions.
D’un côté, Maki est toujours bloquée sur son premier amour. N’étant pas sortie du placard auprès de sa famille, sa seule confidente est Komari. Également lesbienne, elles se sont rencontrées sur Twitter et échangent régulièrement. Malgré leur différence d’âge, appartenir à la même communauté leur permet de parler de leurs problèmes sans filtre. Et quoi de mieux qu’une amie pour parler de ses problèmes de cœur? Malgré ce soutien, la pauvre Maki ne sait plus quoi faire avec Midori qui est très collante à un moment, et fuit lorsqu’elles se rapprochent trop.
Malgré toute cette tension, les deux femmes se sentent apaisées lorsqu’elles passent du temps ensemble. Joues qui chauffent, cœurs qui palpitent, étincelles dans les yeux, l’amour qu’elles se portaient il y a 10 ans ne semble pas avoir disparu. À chaque sortie, leur passé refait surface et leurs pas deviennent plus légers. Le trait particulier de l’autrice sublime ces moments de douceur, et servent magnifiquement bien le propos.

Une sororité omniprésente
Dans Entre nos mains, le casting est quasi exclusivement féminin. Les deux protagonistes sont entourées d’amies, de sœurs, de mères, de collègues, et chacune à un rôle important malgré de brèves apparitions. Que ce soit pour le bon comme pour le mauvais, ces expériences auprès de ces femmes avec des caractères différents amènent à des réflexions très humaines. Que ce soit pour les personnages comme pour les lecteurs.
Recentrer la vision des femmes par les femmes dans cette histoire où Midori essaye tant bien que mal de se détacher de ce mode de vie patriarcal est extrêmement important. Car en faisant ça, elle renie ce qu’elle est et ce qu’elle veut. En côtoyant ces femmes si différentes, elle réalise au fil des pages qu’elle peut choisir d’être elle-même.


Sa grossesse tient une place assez centrale dans l’histoire. Elle la rend vulnérable aussi bien physiquement que psychologiquement. Elle qui fait tout pour paraître forte c’est un coup au moral. Heureusement, elle est soutenue par Maki, mais aussi Komari et d’autres personnes qui la rassurent. Contrairement à Tazune qui ne pense qu’à son travail et reste distant avec elle. Cela est rassurant, et nous permet d’avoir de belles scènes de solidarité féminine.
De plus, la nudité et le rapport au corps sont très intéressants dans cette œuvre. Que ce soient les changements physiques de Midori par rapport à sa grossesse, ou des scènes de bain entre amies, les corps nus sont dépeints avec une subtilité et un réalisme que je trouve touchants. Ils ne sont pas sexualisés, tout en étant beaux, et cette attention avec laquelle l’autrice les a représentés est magnifique tout en étant utile.
En effet, les corps des femmes sont bien trop souvent sexualisés pour faire plaisir au regard masculin, ou male gaze. Alors dans cette œuvre saphique, voir des femmes nues sans contexte sexuel est rafraîchissant, voire rassurant.


En conclusion
Il y a encore tant de choses que je voudrais aborder dans ce manga, mais pour une analyse plus poussée je devrais spoiler beaucoup de choses. Et je vous conseille vivement d’aller lire ce chef-d’œuvre par vous-même !

Le rythme de la narration est parfait. On pourrait s’attendre à ce qu’en trois tomes l’histoire soit précipitée, mais il n’en est rien. Puisqu’elle se concentre sur une période donnée, le développement des personnages est constant, tout en étant rythmé par des flash-back bien placés.
Les dessins sont sublimes et originaux, le style de Battan est magnifique. Que ce soient les personnages, les décors, les effets, tout s’accorde parfaitement pour transmettre une palette d’émotions variées.
Et évidemment, le propos est tellement intéressant. La représentation d’une romance lesbienne entre deux adultes est une très bonne idée. D’habitude, les lycéennes ou collégiennes sont mises en scène pour toucher une cible plus jeune. Mais choisir de représenter deux femmes à la fin de leur vingtaine, et ainsi de mieux expliquer les problématiques liées à la pression sociale qui les accable, est important.
Car on pense trop souvent qu’une fois passé un certain âge, on n’a plus le droit de rêver, d’être soi-même, de vivre comme on l’entend. Les responsabilités se font de plus en plus lourdes, quitte à mettre son propre bonheur de côté. Et dans un monde où la lesbophobie est encore beaucoup trop répandue, montrer que l’on a toujours le choix de se libérer de la comphet est un beau message d’espoir pour toutes les lesbiennes encore dans le placard.
En bref, Entre nos mains est une œuvre qui m’a énormément touchée. Avec une vision féministe et surtout queer, elle aborde des sujets compliqués et des personnages nuancés avec brio. Cette romance n’est pas facile, Maki et Midori doivent faire beaucoup d’efforts à leur échelle, mais elle reste réconfortante malgré tout.

Et si vous cherchez une romance sur un ton plus comique, Mariée à ma meilleure amie devrait vous plaire !
La Maison de la nuit, la saga vampirique à ne pas rater !
Véritable best-seller aux États-Unis, la saga de La Maison de la nuit est publiée aux…
You Rock Me – Tome 2 : des sentiments assumés !
• Et si un simple petit geste pouvait avoir de grandes répercussions ? • Avant…
Glénat célèbre l’âge d’or du milliardaire de Donaldville
Les éditions Glénat lancent une nouvelle collection best of des plus grands classiques des personnages Disney…
Studio Ghibli – Destination Anime : exploration ghibliesque du Japon
Après Destination Japon ! Visitez le Japon à travers l’animation Volume 1 et 2, la…
U-9 : un exploit qui change la guerre
Avec U-9, la collection Les Grandes Batailles Navales de Glénat nous plonge au cœur de…
To end this love game Tome 3 et 4 : quand le jeu monte d’un niveau
Nous retrouvons Miku et Yukiya, dans un shojo proposé par la maison d’édition Kana en…

Passionnée de nombreuses formes d’arts, j’ai un attrait tout particulier pour le cinéma d’animation et les mangas. L’imagination et la créativité sont pour moi essentiel, c’est pour cela que j’adore me perdre dans chaque fiction que je découvre.
(photo de profil par Rimith)

