La Place de l’autre : « Orange mécanique » pour les adolescents

La Place de l’autre : « Orange mécanique » pour les adolescents

La Place de l’autre est un roman pour adolescents écrit par Arthur Ténor. Il est sorti en France le 15 janvier 2026 aux éditions Scrineo, dans leur collection « Engagé ».

Arthur Ténor est un habitué de la littérature jeunesse, et de cette maison d’édition. Il édite un peu moins de 10 % de sa bibliographie chez Scrineo. Chez eux, il a surtout touché aux romans horrifiques ou centrés sur des problématiques adolescentes. Mais parmi sa centaine d’ouvrages, il a eu aussi l’occasion de toucher à la fantasy, au fantastique, au policier ou aux livres historiques. Notamment avec un de ses livres les plus réputés : Il s’appelait…le Soldat inconnu.

Avec La Place de l’autre, Arthur Ténor revient à un genre qu’il n’a encore que trop peu exploré : la science-fiction. Tout en gardant des thèmes qui lui sont chers, surtout dans cette collection de Scrineo : les adolescents, le harcèlement scolaire et les nouvelles technologies.

Emporté par la spirale de la délinquance et de la violence, Kévin a commis l’ultime faute. Cette fois, il va devoir payer. Mais il a le choix entre une lourde condamnation ou participer à un programme expérimental. Durant une seule journée, une puissante IA le plongera dans une réalité virtuelle. Elle lui fera vivre une expérience extraordinaire de réalisme, inoubliable…  Épouvantable ! En reviendra-t-il indemne ?

Scrineo

L’histoire de La Place de l’autre va nous faire suivre le collégien Kévin. Ce dernier est le leader d’un groupe de harceleurs notoires. Mais l’incident de trop va l’amener devant un juge, quand leur victime finit hospitalisée. Mais la justice lui propose une alternative aux sentences qui l’attendent : une expérience sociale en VR.

En effet, des chercheurs ont conçu un casque VR et une IA leur permettant de créer une simulation très fidèle à la réalité. Cette dernière a pour but de mettre un bourreau dans la position de sa victime, afin de lui faire prendre conscience de ses actes.

Cela m’a directement fait penser au film Orange mécanique de Stanley Kubrick, adapté du roman éponyme de Anthony Burgess. Dans celui-ci, le programme expérimental que subissait le protagoniste avait aussi pour but de le dégoûter de la violence.

De plus, j’y vois une autre similarité : la profonde misanthropie du récit. Que cela soit le narrateur ou le juge des enfants : leur vision du protagoniste et de l’être humain en générale est profondément méprisante. Et Kubrick l’est tout autant dans sa filmographie.

Mais je vous laisserai lire La Place de l’autre pour savoir si Arthur Ténor propage les mêmes morales que celles d’Orange Mécanique. Ou même pour savoir l’influence qu’aura cette expérience sur Kévin.

« Tel un chat qui joue avec une souris avant de la tuer, un adolescent de quinze ans qui commet une agression gratuite – juste pour rire ou pour exercer un pouvoir de domination – est-il conscient du mal qu’il fait ? Si ce n’est pas le cas, existe-t-il un espoir pour que ce jeune malfaisant accède à la conscience, donc à la responsabilisation, donc à la culpabilité, au regret et finalement, à l’humanité ? »

Arthur Ténor développe dans La Place de l’autre un point de vue intéressant sur l’intelligence artificielle. L’IA y est vue comme un mal nécessaire afin de faire changer la mentalité de notre protagoniste. Elle est également un personnage dans le récit, échangeant à plusieurs reprises avec Kévin. Ce dernier reçoit de sa part des leçons de vie, qui contribueront à le faire grandir en tant qu’être humain.

Mais l’IA s’exprime avec une telle froideur robotique, qu’elle en reste peu rassurante. Puis, elle n’en est pas moins la tortionnaire de notre anti-héros, et lui fera vivre des événements qui le marqueront profondément. À tel point qu’il en viendra à perdre ses repères, en commençant à confondre réalité et fiction. Arthur Ténor fera de lui-même une comparaison avec le film Total Recall de Paul Verhoeven dans son histoire, où cette confusion est également au centre du récit. De mon côté, j’associerais aussi ce livre au film Inception de Christopher Nolan dans cette même idée.

En somme, l’IA est ici une figure très ambiguë, loin d’être noire ou blanche comme dans d’autres œuvres sur le sujet.

« L’empathie c’est… Dans le dictionnaire tu liras ceci : « Il s’agit de la capacité à se représenter ce que l’autre ressent. » Être capable de se mettre à la place d’autrui, pour faire simple. C’est aussi une des aptitudes qui distinguent l’animal de l’humain. Encore que, parfois certaines bêtes se montrent plus sensibles que certains êtres humains. »

En commençant ma lecture, je m’attendais à lire une chouette version young adult d’Orange mécanique. Et le pari fut concluant. J’ai même été surprise par le vocabulaire utilisé par l’auteur, qui était plus riche que dans d’autres livres pour adolescents que j’ai eu l’occasion de lire.

La Place de l’autre d’Arthur Ténor, c’est 138 pages misanthropes, référencées et qui nous perdent entre ce qui est la réalité et la fiction. Nous pouvons aussi apprécier son point de vue sur l’IA très ambiguë, qui saura autant nous perturber que le ton sombre de la narration.

Avec deux questions au centre de son récit : est-ce que la rédemption est possible pour les harceleurs, et à quel prix ? Et est-ce que Kévin sortira vraiment un jour de cette simulation ?

Si vous voulez lire un autre roman sur le harcèlement scolaire, mais en plus bienveillant : foncez lire Toi, ma Lueur !

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *