Le Cœur de Thomas, monument du Boy’s Love

Le Cœur de Thomas, monument du Boy’s Love

Présentation

Présentation

Akata nous a dévoilé une nouvelle œuvre dans leur collection Héritages le 28 Janvier dernier. Le Coeur de Thomas ou Tōma no shinzō (トーマの心臓) est une série de la célèbre Moto Hagio.

Ce tome compile les trois volumes où est contée l’histoire principale, deux spin-offs Le visiteur et Au bord du lac, ainsi qu’une galerie d’images regroupant des illustrations originales. Une magnifique édition de plus de 670 pages qui vaut le détour pour tout féru de shōjo !

Dévasté par son amour à sens unique pour le froid et sévère Juli, le jeune Thomas se donne la mort par un matin d’hiver glacial. Afin d’accompagner son geste, il laisse une lettre d’amour dans laquelle il expose ses sentiments sans ambiguïté. Pour Juli, hanté par le spectre de Thomas, c’est le début de tourments indicibles, entre culpabilité et fascination… Jusqu’au jour où arrive un nouvel élève du nom d’Eric. Ce dernier présente une troublante ressemblance avec Thomas. Mais est-ce seulement une coïncidence ?

Akata

Mise en contexte

Mise en contexte

Débutant sa carrière dans les années 70’, Moto Hagio fait partie du Groupe de l’an 24, collectif de mangakas spécialisées dans le shōjo. Elles sont à l’origine du “shōjo moderne”. Ce dernier découle d’une vision nouvelle qui leur a permis d’aborder des thèmes plus profonds, estimant que les mangas destinés aux jeunes filles pouvaient aussi en parler. C’est au même moment que le shōnen ai, ancêtre du Boy’s Love, va exploser.

L’œuvre s’inscrit dans le genre du bildungsroman, ou roman initiatique. Elle met en scène des jeunes hommes dans un pensionnat en Allemagne au XXème siècle.

Un pilier du Boy’s Love

Un pilier du Boy’s Love

Dans Le Cœur de Thomas, les personnages ont tout des premiers codes du shōjo : grands yeux brillants, silhouettes fines et élancées, cheveux soyeux… Cette délicatesse dans le trait propre aux shōjos de l’époque n’est pas anodine. En effet, en rendant ces garçons plus “féminins”, l’autrice permet à ses personnages de ressentir des émotions qu’ils ont appris à réprimer.

Le meilleur exemple dans l’œuvre est le personnage de Julusmole Bayhan, surnommé Juli. Délégué des élèves, il incarne l’élève modèle de l’académie de Schlotterbetz. Adolescent tourmenté de 14 ans, il est en proie à de forts traumatismes qui le poussent à rechercher cette perfection. Ainsi, il s’enferme dans sa coquille, rejetant chaque personne voulant lui apporter de l’aide. Parallèlement, il fait tout pour aider ses camarades, et a donc tendance à s’oublier. Les conséquences sur sa santé mentale sont alors désastreuses, surtout après la mort de Thomas.

Thomas Werner est le premier personnage que l’on rencontre. Surnommé Fräulein par ses camarades à cause de son visage efféminé, il est dit qu’il incarne le dieu de l’amour Éros. Il est amoureux de Julusmole, qui le rejette. Il finit par se suicider pour une raison énigmatique que Juli va tenter de déchiffrer tout au long de l’histoire. Sa mort ne signifie pas pour autant sa disparition. En effet, il va hanter les pensées de Juli malgré ses tentatives de l’oublier. Thomas est sans doute le personnage qui est le plus en phase avec ses sentiments, et apporte des réflexions très intéressantes lors de la lecture.

L’arrivée d’un nouvel élève est un élément de plus qui empêche les camarades de Thomas de tourner la page. Erich Frühling rejoint le pensionnat quelques jours seulement après le décès de Thomas. Chose troublante : il lui ressemble comme deux gouttes d’eau.

Cela met donc les élèves en émoi, particulièrement le pauvre Juli qui pensait en avoir fini avec Thomas. Mais, à force d’être constamment comparé à un garçon qu’il ne connaît pas, Erich s’énerve souvent contre quiconque ose lui faire la remarque. Il a beau y avoir une ressemblance physique, leurs tempéraments sont drastiquement différents.

Il y a également Oscar Reiser, colocataire et ami de Juli, qui tente de l’épauler au mieux. Âgé de 15 ans, il est d’une grande maturité même si l’école n’est pas vraiment sa tasse de thé. On le voit accompagner son ami, mais également se lier d’amitié avec Erich pour faciliter son intégration au pensionnat de Schlotterbetz. Ces quatre jeunes hommes vont donc, dans ce cadre scolaire, faire face à des problèmes complexes, qu’ils soient généraux ou bien plus personnels.

Le drame au cœur de l’histoire

Le drame au cœur de l’histoire

Le Cœur de Thomas est une œuvre dramatique qui aborde des thèmes sérieux et lourds. Parmi eux, l’homophobie intériorisée, le racisme, la mort ou encore la foi religieuse. Erich qui souffre d’un gros complexe d’Œdipe espère que son séjour au pensionnat n’est que temporaire. Des problèmes de manipulation des élèves plus jeunes par leurs aînés sont aussi abordés.

Mais ce qui rend ce récit encore plus intense, ce sont les dessins. En effet, il y a une esthétique fortement inspirée du christianisme, notamment autour du personnage de Juli.

L’histoire se déroulant dans un pensionnat allemand au début du XXème siècle, la culture chrétienne est omniprésente. On pourrait penser que puisque l’on parle d’amours de jeunesse, surtout entre garçons, il y aurait un point de vue moralisateur, mais il n’en est rien. Les élèves ne sont pas discriminants entre eux, ils s’en amusent avec bienveillance. Seul Juli s’interdit de céder à ses pulsions, souffrance qu’il s’inflige. Les illustrations le mettant en scène dans sa tourmente sont magnifiques et représentent avec justesse sa détresse mentale.

De plus, la puissance des expressions sur les visages de ces adolescents permet de véhiculer efficacement ce que l’autrice souhaite transmettre. Ces grands yeux typiques des shōjos de l’époque sont la fenêtre de l’âme de ces jeunes hommes en pleine introspection.

On suit donc l’évolution de Juli, Erich et Oscar à Schlotterbetz, les mettant en scène dans des situations qui ont pour but de toucher le plus grand nombre de jeunes lecteurs et lectrices. Ce manga apprend aux jeunes filles mais aussi aux jeunes garçons qu’il est important de reconnaître ses sentiments et de savoir les gérer, qu’ils soient positifs ou négatifs. Chose qui n’était pas si courante à l’époque.

Mon avis

Mon avis

Le Cœur de Thomas est un pilier du BL. J’ai été ravie de pouvoir découvrir cette œuvre ainsi que les spin-offs avec cette magnifique et complète édition d’Akata. J’ai été particulièrement touchée par l’histoire de Julusmole, adolescent torturé aux cheveux d’ébène.

Le drama est omniprésent, c’était très dur de ne pas dévorer l’histoire d’un seul coup tant le rythme de narration parvient à happer les lecteurs. Entre les cliffhangers, les révélations et les personnages attachants, Le Cœur de Thomas remplit tous les critères d’une bonne œuvre dramatique. Le tout est sublimé par une amélioration du style graphique de l’autrice au fil des chapitres. Les illustrations sont toutes plus sublimes les unes que les autres.

J’ai d’ailleurs appris qu’à sa sortie, le manga n’était pas très populaire, contrairement à une autre œuvre de Moto Hagio Le Clan des Poe. Également disponible aux éditions Akata pour les curieux !

Et pour (re)découvrir un autre classique du shōjo, je ne peux que vous conseiller Nana !

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *