
Yaoi & Yuri
Mignon : ne vous fiez pas aux apparences...
Découvrez l'univers sombre et intense de Mignon, le BL incontournable qui vous plongera dans un univers pas si mignon que ça…
Alycia · 2 novembre 2026



Publié le 6 octobre 2026 aux éditions Plume Blanche, dans la collection Plume Noire, Et vous brûlerez dans ma haine, de Justine Tiphagne est une dark fantasy aussi sombre qu'addictive.
Dans le XVe siècle dépeint par le roman, la chasse aux sorcières fait rage. Nérélia Feuerbach, jeune femme de noble naissance, voit sa vie réduite en cendres lorsque Tancrède Feldstein massacre sa famille et fait d’elle sa chose. Brutalisée, privée de liberté, elle endure les sévices d’un homme qui ne cherche qu’à éteindre les flammes dans son regard.
Mais lorsque la mort se rapproche, Nérélia ne se tourne pas vers Dieu. Elle l’a trop longtemps attendu. Son appel s’adresse à l’Autre : Alifer, le démon. Et celui-ci lui répond. Il lui promet le pouvoir et la possibilité de se venger. Reste à savoir ce qu’il exigera en retour.

Comte conquérant, violent et chasseur de sorcières, Tancrède Feldstein ne vit que pour traquer, torturer et tuer. Nérélia, Ruisseau de Feu, est tombée dans ses griffes.
Devenue sa chose, elle voit sa liberté arrivée en même temps que sa mort.
Mille pieds sous terre, l’Autre entend son appel : Alifer, le démon.
Si les ténèbres n’ont jamais été aussi enivrantes, la magie noire au service de la vengeance n’a, quant à elle, jamais été aussi… captivante, et… sans retour.
« Je ne t’offre pas le meurtre, mais la destruction »
Éditions Plume Blanche
Dans cet univers ravagé par la haine et les superstitions, être une femme suffit à vous rendre coupable. Quel que soit son rang, une femme doit être agréable, se taire et surtout obéir. Violenter sa femme est chose commune et aucun voisin ne s'interpose jamais. Mais si celle-ci se rebelle, le bûcher l'attend, car il n'y a qu'une servante du démon qui oserait tenir tête au sexe fort.
Tancrède incarne toute la brutalité de cet ordre. À ses yeux, les femmes devraient presque remercier les hommes de les laisser vivre. Il dispose de leur corps, de leur liberté et de leur avenir avec la certitude d'être dans son bon droit. De plus, l’Inquisition entretient cette terreur. Comble de l’ironie, une femme se trouve à sa tête. Détestable du début à la fin, l’Inquisitrice participe elle-même à la persécution de celles qui ne demandent qu’à être libres.
Personne ne semble être à l'abri de la folie meurtrière de l'Inquisition et de Tancrède, pas même Orabelle, son épouse. Son cas montre bien qu'aucun statut ne protège réellement de cette violence. Pour son mari, elle n’est qu’un ventre fertile, chargé de lui donner un fils. Et si elle n’y parvient pas, il pourra se débarrasser d’elle. Après tout, qui s’en soucierait ?
Nérélia croit pourtant d’abord qu’Orabelle mène une existence heureuse auprès de lui et en arrive à détester cette femme qu'elle ne connaît pas. En effet, de l’extérieur, elle lui semble épargnée par la rage de l’homme qui a détruit sa propre vie. Mais derrière cette apparente sécurité se trouve une autre femme prisonnière de Tancrède. Leur situation diffère, leur souffrance est commune.

Les premiers chapitres nous font découvrir les protagonistes, leur histoire et surtout les racines de leur haine. Jeanne, Katherina, Brunhilde, Nérélia : chacune a toutes les raisons du monde d’en vouloir aux hommes. Pourtant, cette colère ne prend jamais tout à fait la même forme.
Chez Nérélia, elle devient une raison de continuer. Tancrède lui a tout pris, mais il n’est pas parvenu à obtenir ce qu’il désirait le plus : la soumettre entièrement. Même au bord de la mort, quelque chose en elle refuse de céder. Avec Alifer vient la possibilité de retourner cette violence contre son bourreau. Le tuer serait trop doux. Nérélia veut le briser, morceau par morceau. Lui faire connaître la peur, l’impuissance, la perte. Et nous voilà à espérer avec elle que cette vengeance aboutisse, alors même que nous sentons ce que cela risque de lui coûter.
Katherina, elle, semble avoir étendu sa haine au monde entier. À ses yeux, chaque être est vicié et le mal habite chacun de nous. Tout détruire lui paraît presque être une manière de repartir sur des bases saines. Ce qu’elle a vécu a profondément abîmé son rapport aux autres et à elle-même. Pourtant, sa violence cohabite avec un attachement immense à ses sœurs. Elle pourrait donner sa vie pour Brune ou Nérélia sans hésiter. C’est ce contraste qui la rend aussi touchante. Même pour elle, qui paraît avoir renoncé à tant de choses, il reste des êtres à protéger.




À quatorze ans, Brunhilde croit encore qu’un avenir heureux est possible. Elle revient pourtant de loin. Vendue à un vieillard par son propre père, elle aurait toutes les raisons de ne plus rien attendre de l’humanité. Mais quelque chose demeure. Elle espère une vie loin du démon, loin de la violence et des horreurs que les femmes subissent chaque jour. Cet espoir prend une place précieuse au milieu de toute cette noirceur.
Jeanne, enfin, est la matriarche. Son expérience et son lien avec Alifer lui donnent une place importante parmi les sorcières. Elle aussi a connu la perte et les sévices. Malgré cela, elle continue de venir en aide aux villageois grâce à ses connaissances d’herboriste. Elle les soigne en sachant pertinemment que, si l’occasion se présentait, certains la dénonceraient sans une once de culpabilité.
Aucune de ces femmes ne sort indemne de ce qu’elle a traversé. Et signer un pacte avec Alifer ne les rend pas invincibles. Nérélia peut posséder des pouvoirs, elle tremble toujours au nom de Tancrède. La magie lui donne des moyens de se défendre, mais elle ne fait pas disparaître la peur. C’est aussi ce qui rend ces personnages si douloureusement humains.
« Nous sommes des sorcières. Celles qu'on a brisées. Frappées. Humiliées. Effacées... Mais celles qui se relèvent... Et qui prennent. » Parce que les sorcières sont des femmes brisées. Elles ne seront jamais réparées, elles n’auront jamais une vie normale. Ce qu’elles ont subi a mis fin à leur jour. Nérélia est morte ce jour là dans cette tombe creusée par l’homme qui a fait d’elle un pantin. Il ne reste d’elle que sa rage. Une rage brûlante qui n’attend qu’un mot pour se déverser sur le monde et le réduire en cendres.


Heureusement, entre ces pages chargées de souffrance, il existe aussi des moments de joie. Les voir se soutenir, s’épauler et se protéger m’a offert de véritables respirations. Leur affection compte d’autant plus qu’elles vivent dans un monde qui les pousse à se méfier de tout.
Katherina en est un exemple particulièrement fort. Si sa haine semble parfois ne connaître aucune limite, son amour pour ses sœurs demeure. Jeanne, de son côté, apporte une présence, une expérience et des limites aussi. Toutes les violences ne deviennent pas acceptables sous prétexte qu’elles servent une vengeance.
La relation entre Nérélia et Orabelle donne tout son sens à cette idée. Dans un premier temps, Nérélia envisage d’atteindre Tancrède à travers son épouse. Elle la jalouse, lui en veut d’occuper une place qu’elle imagine heureuse. Mais en apprenant à connaître Orabelle, elle découvre une autre victime. Faire souffrir cette femme reviendrait à prolonger la cruauté de l’homme qu’elle veut détruire.
Cette prise de conscience m’a particulièrement marquée. Dans un monde où les femmes sont déjà méprisées, accusées et sacrifiées, elles peuvent aussi apprendre à ne plus retourner cette violence les unes contre les autres. Leur solidarité se construit au milieu de la douleur, parfois après des erreurs, mais elle leur offre quelque chose que leurs bourreaux cherchent à leur retirer : la possibilité de compter sur quelqu’un.
Pour autant, je n’ai pas lu ce roman comme un message de haine envers tous les hommes. Adrian, le « vampire », porte lui aussi les stigmates d’une société qui ne l’a jamais accepté. Sa présence apporte une autre perspective sur l’exclusion et la souffrance.
Elias, le cousin de Tancrède, laisse un sentiment plus partagé. Il obéit comme un bon toutou à son cousin et met un temps infernal à se décider à lui tenir tête. J’aurais clairement voulu le voir se rebeller plus tôt. Mais peut-on lui reprocher de ne pas avoir voulu attiser la colère d'un monstre qui, bien qu'étant de sa famille, l'aurait massacré au moindre signe de rébellion ? Cette peur permet de comprendre son comportement, sans effacer les conséquences de son silence.


Je referme ce livre avec l’impression d’y avoir laissé mon âme. Page après page, je me suis sentie couler à l’instar de Nérélia, ne souhaitant bientôt plus qu’une chose : qu’elle brûle tout.
Ce roman est une ode à la rage féminine. Chaque mot est une aiguille qu’on plante dans le cœur du lecteur. On comprend la colère de ces femmes bafouées, leur volonté de vengeance. Pire, on finit par la partager. Tancrède concentre une telle violence, un tel mépris, que je n’espérais plus que sa mort . Je voulais que Nérélia arrive à ses fins, tout en redoutant ce qu’elle allait encore perdre pour y parvenir.
C’est un roman qui vous prend aux tripes, une lecture viscérale. Le viol n’est jamais décrit physiquement. À l’inverse, on se retrouve dans l’esprit de ces femmes abusées. Leur impuissance nous frappe en plein visage. Que ce soit Jeanne qui n’a rien pu faire pour sauver sa fille, Brunehilde vendue à un vieillard par son propre père, Katherina, frappée, violéee, et laissée pour morte ou Nérélia… Toutes n’ont rien pu faire et même après avoir signé un pacte avec Alifer, elles n’en deviennent pas invicibles. Nérélia tremble toujours au nom de Tancrède car il lui a tout pris. Il a brisé en elle tout ce qu’il y avait de bon et en a fait un monstre de colère et de violence qui se déchainera tôt ou tard sur son tortionnaire.
Le personnage de Katherina m’a particulièrement touchée. Son corps semble être devenu une manière de faire souffrir autrui, comme si elle ne pouvait plus envisager son rapport aux autres sans y mêler la violence. Derrière ses actes et ses paroles, je n’ai jamais cessé de voir une jeune femme qui a vécu l’horreur et dont l’esprit porte encore les blessures.
Je ne peux finir cette article sans faire l'éloge de la plume de Justine Tiphagne. Elle donne à ressentir ce qui anime ces femmes, y compris lorsque leur colère devient effrayante. On les accompagne assez loin pour comprendre comment elles en sont arrivées là. Et au milieu de cette rage, les gestes de tendresse, la fidélité et les moments de soutien prennent une importance immense.
Je crois qu’il me faudra du temps pour me remettre de cette lecture. Et vous brûlerez dans ma haine est un roman sombre, éprouvant, dont chaque page tournée semble nous coûter un peu de notre âme. Un livre porté par des femmes puissantes, vulnérables aussi, qui refusent de disparaître comme on le leur a ordonné. Parce qu’avant tout, ce roman est celui des survivantes.
Emen-Hetan, mes sœurs, et puisse l’avenir se construire loin des flammes et de la haine.
Toutes les illustrations présentes dans cet article ont été réalisées par la talentueuse @the.art.of.naiky

Et pour découvrir une autre facette de la rage féminine, je vous invite à rencontrer Azaella dans La Mémoire des Os, mais croyez-moi, ce voyage ne vous laissera pas indemne…
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